Blanche et lumineuse, l’abbaye Notre Dame de Bonmont devait paraître immaculée, comme la Vierge dont elle portait le nom. Sculptures et peintures, y compris les vitraux colorés, sont scrupuleusement interdits. Saint Bernard de Clairvaux, qui fonda l’Abbaye de Bonmont (voir panneau architecture) prônait la vie contemplative et mettait en garde contre «la hauteur immense, la longueur immodérée et la largeur inutile des églises, la profusion de la pierre taillée, ainsi que les peintures curieuses, éléments qui attirent les regards des hommes en prières et empêchent leur recueillement».

Afin d’éviter les distractions des religieux, deux moyens sont utilisés:

  • des vitraux purement géométriques en grisailles (voir le panneau architecture)
  • un décor peint purement architectural, dont le seul exemple est conservé à l’abbatiale
    de Bonmont

Toutes les parties de l’église sont couvertes de voûtes en berceau brisé, longitudinales dans le sanctuaire, dans les chapelles orientales et dans la nef maîtresse, transversales dans les croisillons et dans les bas-côtés. On peut également noter l’effet de lumière parcimonieusement et savamment dosée par l’absence de fenêtres hautes entre les arcades et le berceau principal.
Les chapiteaux et le décor sculpté du portail de la façade orientale on été réalisés à Genève par un ou plusieurs sculpteurs. Ils disposaient du calcaire du jura méridional, plus facile à travailler que la molasse et qui a l’avantage d’être de couleur claire. Les mortiers de jointoiement constitués de chaux avec adjonction de sable d’origine locale sont égalisés puis lissés. Sur les parements des piliers de Bonmont, on peut facilement constater que les constructeurs ne se sont pas souciés de supprimer les coulures, giclures et autres bavures de chaux.

L’ensemble des joints des grandes arcades est souligné d’une couleur épaisse mais friable de terre brûlée

En plus du badigeon de chaux, l’ensemble des joints des grandes arcades est souligné d’une couleur épaisse mais friable de terre brûlée, variant du brun orangé au brun rouge. Au dessus de chaque chapiteau appartenant au cinquième projet et au point de jonction des arcatures simulées, un grand chevron a été peint avec la même couleur de terre rouge. Il donne l’illusion d’un bloc de pierre. Bien qu’extrêmement simple, le décor pictural vient renforcer le rythme monumental des grandes arcades et augmenter l’expression de longueur de l’édifice.
La couleur ocre contribue , avec l’aide de la lumière, à souligner l’essentiel: piliers, arcades, voûte.

Le cloître et les bâtiments conventuels

La plus grande partie des bâtiments conventuels a disparu mais grâce aux recherches, les structures conservées dans le sous- sol ont été dégagées. Néanmoins, nos connaissances sont encore incomplètes.
C’est à l’intérieur de la clôture que les moines devaient passer la journée, interrompue par les offices dans l’église. Le calme régnait dans le cloître, protégé de l’extérieur par de hauts bâtiments, qui servaient d’une part de distribution entre les divers corps d’habitation, d’autre part de lieux destinés à la contemplation. Le cloître formait un carré de 29,50m. de côté. A l’est, se trouvait l’habitation des moines. L’aile sud du cloître devait comporter un petit local qui était habituellement le seul endroit chauffé.

  1. Eglise (toujours existante)
  2. Cloître (vestiges)
  3. Emplacement supposé de la fontaine couverte
  4. Narthex (vestiges)
  5. Chapelle ou sacristie (vestiges)
  6. Bâtiment qui comprenait la salle capitulaire, le parloir, un corridor et, au premier, le dortoir des moines (reconstitution)
  7. Bâtiment de l’hôpital (fondations du château actuel)
  8. Forge (existe encore en partie)
  9. Moulin (existait il y a encore quelques dizaines d’années)
  10. Bâtiment des convers
  11. Chauffoir, réfectoire, cuisine (reconstitution)
  12. Mur d’enceinte (reconstitution)
  13. Remise (existe encore en partie)
Photo de l'Abbaye de Bonmont
Photo de l'Abbaye de Bonmont

Saint Bernard de Clairvaux

Bernard de Fontaine, abbé de Clairvaux est né en 1090 ou 1091, au château de Fontaine-lès-Dijon près de Dijon dans une famille noble de Bourgogne et est mort le 20 août 1153 à l’abbaye de Clairvaux. C’est un moine français réformateur de la vie religieuse, directeur de conscience de l’ordre cistercien. Pour Bernard de Clairvaux, «l’humilité est une vertu par laquelle l’homme devient méprisable à ses propres yeux en raison de ce qu’il se connaît mieux».

En 1112, il entre à l’abbaye de Cîteaux qui fut fondée en 1098 par Robert de Molesme. Les fondateurs se sont détachés de l’ordre de Cluny, alors en pleine gloire, pour vivre intégralement la règle de saint Benoît.
Ils souhaitent répondre à un idéal plus rigoureux: retour à la simplicité dans la vie quotidienne, dans le culte et dans l’art; rupture avec le monde, pauvreté, silence et travail manuel, tels seront les éléments principaux de la création cistercienne. Cela correspond aux souhaits de Bernard qui veut retourner à l’ascèse monastique la plus rude.

Cette ascèse est comparable selon lui à la route de Jérusalem: «par la montée rude (…), vers la Jérusalem de la liberté, celle d’en-haut, notre mère».
Il est canonisé en 1174 et devient ainsi saint Bernard de Clairvaux.